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| Retour à la page des poètes | HOMMAGE À RENÉ BOULIANNE |
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J’ai rencontré le poète, mais ai-je connu l’homme, le croyant? René était alors le président du Cercle des poètes de Chambly, et moi, le nouveau secrétaire élu. J’étais donc constamment en communication avec lui. D’un naturel affable, bon vivant, à la voix parfois éteinte, il s’intéressait vivement à la poésie et souhaitait la faire rayonner en dehors de son milieu. Ce qui ne plaisait pas forcément, à certains membres, qui considéraient leur cercle comme une sorte de club privé, accessible surtout aux résidents de Chambly. Pendant plusieurs mois, René, Raymond Pilote, moi, nous nous rencontrâmes afin de préparer la publication de notre premier recueil collectif de poésie : « Courtisanerie des mots ». Ce projet devenait aussi l’amorce du changement d’orientation du cercle, en agrandissant son rayonnement et en acceptant des membres résidants à l’extérieur de Chambly. C’est alors qu’il fut décidé et accepté, non sans discussionsviriles, que le cercle s’appellerait : « Cercle des poètes de la Montérégie ». Depuis 1989, le cercle a vécu, prospéré non seulement grâce aux talents et au dynamisme de ses membres, mais surtout en vertu de sa structure, ses règlements, ses conditions, lesquelles ont été élaborées alors que René était président. Si j’ai connu le poète, que sais-je de l’homme, du croyant? Franchement, fort peu de choses. Lui, qui au milieu de sa vie avait changé d’orientation, avait-il été heureux et pleinement satisfait dans son nouveau rôle? Attaché à la tradition, aux valeurs chrétiennes, était-il préoccupé, ou tourmenté? Bon, toujours prêt à rendre service; candide, accordant sa confiance aisément, parfois à son détriment? Dans l’ensemble, un personnage sensible, attachant, qui marquera à jamais l’histoire du Cercle des poètes de la Montérégie. Les poètes d’ici ou d’ailleurs se ressemblent, Ils ne sont ni meilleurs ni pires ou moins bons; Puisqu’ils sont très méfiants seuls, et parfois ensemble, Comment tous les unir sans démolir les ponts? Les poètes soupirent : « Ne m’oubliez pas! » Eux qui avec ardeur, sans répit, plein de zèle, Noircissent le papier, font des mots, leurs repas, Veulent plaire aux hommes, que tous, d’eux se rappellent. Les poètes ne peuvent mourir, ils s’en vont Comme de vieux soldats allant à la retraite, Louangés, mais que la mémoire hélas! maltraite, Sauf parfois, plus tard, dans de nobles oraisons. Je te salue René, vieil ami et poète! Camarade discret, par malheur négligé. Que le Dieu que tu as sans cesse aimé, T’accueille en t’entourant de sa bonté, Qu’Il t’accorde la paix tant désirée, Le repos si ardemment souhaité. © La Roquebrune 2008 08 09 |
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Son camarade de toujours, Raymond Pilote lui rend hommage.
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![]() Mon camarade René C’est en prenant le train à Alma, Lac-Saint-Jean, qu’en septembre 1941 j’ai rencontré René Boulianne. Il se rendait au collège à Ottawa et par hasard moi aussi. Pour ainsi dire on a vécu coude à coude sept ans de collège à partager nos découvertes et nos déconvenues. Nous nous lisions nos lettres reçues pour obtenir plus de nouvelles de notre cher et lointain Royaume du Saguenay.
Au hockey René était un excellent gardien de but et en ski et en plongeon il n’y avait pas de plus casse-cou. Il avait des aptitudes de cascadeur. Son adresse dans les sports et les travaux pratiques m’entraînait moi qui à côté de lui n’était qu’un anagnoste, terme grec signifiant esclave lecteur qu’on employait pour désigner en plaisantant les « liseux » ou les rats de biblio. Par ailleurs, je lui servais de répétiteur pour ses leçons et surtout pour assimiler les déclinaisons latines et grecques qui étaient ses bêtes noires. De plus quand il avait un exposé à présenter il me demandait de l’entendre et de le corriger dans l’isoloir qu’était pour nous, hors des recréations, le coin des balles au mur. Ses insuccès aux examens il a réussi à en triompher grâce à un acharnement sans pareil. C’est dans les comédies que nous jouions sur les tréteaux du collège qu’il est sorti enfin de sa coquille. Il s’est aperçu que ses reparties, ses jeux de mots, ses calembours amusaient la galerie. Dès lors, il s’est employé à nous écrire des récits de ses méfaits sinon de ses exploits en y mêlant à l’occasion rimes et rimettes. Plus tard dans ses voyages de groupe il amusera ses compagnons en relatant poétiquement les aventures et péripéties de parcours. Les décades qui ont suivi le cours classique nous ont distancés, mais nous sommes restés liés par l’amitié. Ce n’est qu’en 87 que les deux bleuets du Saguenay-Lac-Saint-Jean que nous étions se sont retrouvés en Montérégie, l’un à Carignan et l’autre à La Prairie, avec plus de facilité d’échanges. En 89 René me confie qu’il est l’un des gagnants d’un concours de poésie organisé par le responsable culturel des municipalités de Chambly-Carignan, alors jumelées, puis qu’on propose aux deux gagnants, lui et Michèle Michaux, première vice-présidente, de doter les villes de Chambly-Carignan d’un cercle de poésie. Cette proposition leur sourit, mais ils ont besoin du support d’un prof de français pour consolider le groupe de candidats qu’ils ont approchés comme futurs membres. René a tout de suite pensé au compère que j’étais. Je n’étais ni de Chambly ni de Carignan, l’objection était de taille. Qu’à cela ne tienne le rusé qu’il était saurait faire accepter cette exception d’autant plus qu’il entendait me confier le rôle d’animer les récitals éventuels. Mon cas d’exception ne tarderait pas à inciter René à régionaliser le cercle pour admettre par exemple un prof de Boucherville qui serait un bon atout pour le cercle, à savoir Gérard de Saint-Arnauld. On voit là le talent organisationnel de René conscient de ses capacités, mais capable de reconnaître ses limites : il s’assurerait habilement les appuis requis au bon fonctionnement du groupe. Il avait l’art du contact et savait aménager les choses avec bonhomie et humour et s’il lui arrivait des anicroches, son amicale simplicité parvenait aisément à nous les faire entériner sans trop sourciller. Pour marquer sa grande sociabilité mentionnons d’une part qu’il était membre bouillant du Club optimiste de Chambly-Carignan et d’autre part il était membre directeur de la Société nationale des Québécois Richelieu-Saint-Laurent, section Chambly-Carignan, groupement qui voyait d’un bon œil toute initiative propre à renforcer la position de la langue française au Québec. De la sorte il recrutera ses premiers membres dans cette organisation et tous les officiers du premier conseil d’administration étaient rattachés à cette confrérie. Il verra à ce que le cercle assume les objectifs de promotion de la langue française de cette association qui en retour soutiendra généreusement nos premières initiatives. Par exemple ce concours de poésie qui avait coûté pas moins de 4000 $, avait fait produire plus de trois cents poèmes et attiré une centaine de participants et gagner de nouveaux membres parmi lesquels se trouvait un nommé La Roquebrune, l’un de nos mémorables secrétaires. Par ses affiliations René était vraiment bien placé pour assurer au cercle naissant des sympathies, des supports et des moyens pour constituer un groupe qui pourrait travailler efficacement, et rayonner en maintenant allègrement sa vivacité. À la fois fier et modeste René avouait ne pas avoir une connaissance approfondie des courants de poésie récents et ne prétendait pas lui-même révolutionner les formes poétiques. Il s’efforçait tout bonnement de suivre les règles traditionnelles et d’y trouver un assaisonnement propre à livrer un message qui rejoindrait le grand public qu’il voulait d’abord amener à la poésie populaire quitte ensuite à gagner ce public à des formes plus diversifiées sinon plus raffinées. De la sorte, il se réjouissait de pouvoir attirer au cercle des poètes chevronnés qui réconforteraient les adeptes frais émoulus. Poète dans l’âme René était une sorte de mystique égaré qui rêvait comme Félix, d’une île de refuge. Sur un coin sauvage (du moins à cette époque-là) de l’Île Goyer, il avait tenu à construire de ses mains sa demeure et avec sa « pépine » il avait détaché de son grand terrain attenant à la rivière l’Acadie, un ilot-bosquet sur lequel il accueillait les gens et surtout offrait au cercle un lieu inspirateur où pique-niquer en goûtant la nature et en chantant sa louange comme son modèle d’inspiration François d’Assise entonnant l’immortel Cantique du Soleil! Quand au début de septembre j’ai assisté à l’installation de l’urne de ses cendres, sculptée en forme de livre ne mentionnant que son nom, j’y aurais volontiers inscrit pour lui ce mot : « Ma vie a été un poème dans lequel les tourments n’ont pas su abattre mon sens de la joie. » Peut-être aussi en pensant à l’accueil à bras ouverts qu’il a fait à notre sœur la mort comme s’exprimait son idole François d’Assise et au fait qu’il se plaisait tant aux calembours il aurait pu demander d’inscrire tout court : Re-né mort Sans re-mordsSociable, enjoué, généreux, passionné, infatigable, René avait l’énergie et la vigueur d’un défricheur. Soyons heureux de saluer en René le vigoureux bâtisseur de notre cercle. Salut René! Raymond Pilote |
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SALUT POÈTE René Boulianne homme poète Être défricheur et prophète Nous lègue plein de vie perpétuelle Emphase poétique de son Cercle solennel Banquet d'écritures et ombres de rimes Offre la vie en espoir ultime Unanimité des trente membres du Cercle Louant son fondateur en son siècle Inégalé en partage et générosité Applaudir sa création par tous convoitée Nous te remercions pour toutes ces années Enracinées par toi et en ta complicité Merci Pierre Poulin-Piel |
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Ainsi _________ Tant qu’il y aura des souffre-douleurs, Le tourne-sol n’osera regarder le soleil. Tant que le pain ne sera pas dans toutes les bouches, Le blé piaffera d’attente au semis. Tant qu’il neigera sur la poitrine des sans-abris, La glace voudra fondre. Tant que les amours perdues se traîneront à l’aveuglette, Les clairs de lune seront noirs. Tant que les égoïstes s’aspergeront de leur unique parfum, La rose sera inodore. Tant que les cris de la jungle gesticuleront entre les doigts lianes des appels, La fraternité rugira au point d’eau. Tant que le roi argent traînera son cadavre de la surconsommation, Les déracinés de la terre agiteront leur boue. Tant que l’ignorance grimacera son sourire de sous-sol, La crue nudité du savoir déshabillera les ombres. Tant que les gourmands, aux bedaines flasques, agrandiront les dimensions de leurs cercueils, La médecine défera les points-de-suture aux oreilles. Tant que les pilleurs de la nature et les ravageurs d’entreaide coupailleront, La survie dénoncera leurs macabres liturgies. Tant que les silences seront triturés aux tympans endoloris par le bruit, La musique s’infiltera de l’infinie. Tant que la main de la Conquête hissera une feuille rouge, Le lis clopinera en homme blessé. Tant que les mots de mes ancêtres mourront autour de moi, Ma langue débusquera les cannines assassines. Tant qu’on bâillonnera les artistes qui créent dans le feu de leur sang, La civilisation s’éclairera de soleils couchés. Tant que la liberté de parole sera à bout de vagues sur l’eau lissée, Les mots surnageront et appelleront au secours. Tant que s’affichera la ségrégation au coeur sec et aux os froids, La fraternité approchera la tendresse de l’aurore. Tant que les mines mangeuses de pieds, de mains et de bras éclateront, Le pacifique hurlera plus fort que les explosions : mort à la mort! Tant que l’enfance mal nourrie, malmenée et mal aimée sanglotera, Les larmes nous accuseront. Tant que l’hommerie aura les lèvres rivages de feu, à sa face de terre cuite, La bonté écoutera la source qui mène à l’océan. Ainsi, dans l’immobile du blanc, passent les poètes Répandant un miel de lumière sur les douleurs enfouies ou en chaudes larmes, Ou défigurant les demi-dieux aux yeux vitreux et leur haleine de marées basses. Ainsi passent les poètes. Ainsi passa, René. Paul Meunier |
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