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Gérard St-Arnauld 



JE VOUDRAIS VOIR

Je voudrais voir cent mille enfants,
Colombes blanches devant les chars,
Tendre aux soldats l’olivier,
Mettre sur les casques le laurier.

Je voudrais voir cent mille enfants,
Sans explosifs, sans déclencheurs,
Mains blanches, jeunes et noires
Lever les bras de la victoire.

Je voudrais voir cent mille enfants
Œuvrer, revamper l’univers,
Se préparer un paradis
Que leurs parents n’ont pas construit.

Je voudrais voir cent mille enfants
Creusant, désamorçant les mines,
Plantant des arbres au désert,
Buvant l’eau fraîche de l’Horeb.

Je voudrais voir cent mille enfants
Prendre des pierres et élever
Une tour au centre du monde,
Ce centre fut-il en Irak.

Une Babel bien terminée
Qui ne défie ni Dieu ni l’homme,
Lieu saint de communications,
Réparation de nos échecs.

Extrait de «VERBUM SILENTII»
recueil de poésie du Cercle des poètes de la Montérégie 2006


S’IL Y A DU FRIMAS

S’il y a du frimas sur tes lèvres,
C’est que je ne les réchauffe plus.
S’il y a du frimas sur tes lèvres,
C’est que les miennes ne te plaisent plus.

S’il y a du frimas sur tes lèvres,
C’est que l’automne s’en est allé,
Sans crier gare, sur le bout des pieds,
Et que, froid, l’hiver s’est installé.

S’il y a du frimas sur tes lèvres,
C’est que chacun s’est ingénié
À souffler sur ses lèvres givrées
Sans s’oublier pour celles de l’autre.

S’il y a du frimas sur tes lèvres,
C’est que la routine a installé
Ses vieilles pantoufles tout usées
Et que tu gèles depuis les pieds.

S’il y a du frimas sur tes lèvres,
C’est que le poêle ne chauffe plus;
Rien ne sort plus par la cheminée
Des lèvres ouvertes pour aimer.

S’il y a du frimas sur tes lèvres,
Et que tu veuilles les réchauffer,
Je ferai une bonne attisée :
Les cendres chaudes couvrent la braise.

Extrait de «VERBUM SILENTII»
recueil de poésie du Cercle des poètes de la Montérégie 2006


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