| Retour à la page des poètes | ||
Michel Barrett |
|
| VOYAGE -à Geneviève Par une nuit sans lune, ma tendre fille, mon adorée, dans l’auguste forêt s’était réfugiée pour y écouter des sylphes hymnes et mélopées. Alors, moi, son père, ai prié ainsi son ange gardien: «A-t-elle fredonné, ma fille, les chants des régents des bois?» «Silence», m’a-t-il répondu et après m’être recueilli, j’ai vu sous nuées de colombes et d’aigles, ma tendre fille, mon adorée, dansant avec les ondines sur des eaux cristallines. Alors, moi, son père, ai invoqué ainsi son ange gardien: «A-t-elle connu l’extase, ma fille, auprès des déités des eaux?» «Confiance», m’a-t-il répondu et après avoir lâché prise, j’ai vu parmi chenilles et chauves-souris d’une grotte ma tendre fille, mon adorée, quérir travail auprès des gnomes. Alors, moi, son père, ai imploré ainsi son ange gardien: «Qu’a-t-elle appris, ma fille, auprès des génies du roc?» «Patience», m’a-t-il répondu et après m’être assagi; n’ai vu, ô calamité, que flammes et colonnes de fumée! Alors, moi, son père, ai supplié ainsi son ange gardien: «La reverrais-je un jour, ma tendre fille, mon adorée?» «Providence, m’a-t-il murmuré, la belle, tout comme toi naguère, n’en est qu’aux balbutiements du voyage.» À la Divine Mère l’ai donc confiée et par un joli soir d’été, ô miracle! Ma fille et son bel amoureux sont venus me visiter. «Père, m’a-t-elle dit toute réjouie, depuis qu’aux esprits de la Nature j’ai offert larmes du silence, pas incertains, trésors rouillés l’arbre mort revit, une nouvelle ronde est dansée, des enfants pauvres s’amusent avec de beaux jouets et, ô merveille, suis enceinte!» Alors, moi, son père, ai rendu grâce en chantant: «Merci, Mère Divine, ma fille connaît enfin l’alchimie du voyage!» In ‘’VERBUM SILENTII’’, p.3, CERCLE DE POÈTES DE LA MONTÉRÉGIE |
-À MON BIEN-AIMÉ FILS De par le vaste monde, ô mon très cher fils, femmes et hommes assidûment méditent mais peu restent concentrés dans l’abdomen pour y retrouver la paix des origines. Ainsi, certains méditent sur l’or et l’argent d’autres sur les manoeuvres leur assurant avantages, commandement et honneurs d’aucuns sur le contentement des cinq sens. C’est pourquoi, savants calculs et intérêts, quête du plaisir et modes de l’instant émoussent de l’esprit des êtres, vertu de loyauté envers soi-même et autrui. Bornes et rivalités alors surgissent, la non-violence n’est plus l’auréole du royaume et s’affadit des consciences la foi en l’immuable voie des ancêtres. Quant à toi, ô mon bien-aimé fils Jean-Jacques, ferme tes ouvertures aux sortilèges des œuvres impermanentes et deviens fidèle disciple de l’Astre du jour. Bientôt, Il te révèlera le secret de sa pérennité. Alors, sans attente tu réchaufferas et illumineras toute nature confiée à tes soins. Puis, viendra le moment béni du miracle! Dès lors, à ta grande surprise, l’essence de ton temple magnifiera le bel Astre qui fut ton Maître et les dieux proclameront: «Vive joie sur la Terre des Immortels: L’apôtre du Soleil est enfin des nôtres!» In "VERBUM SILENTII’’, p.8 CERCLE DE POÈTES DE LA MONTÉRÉGIE -SOUVENANCES D’UN SOURIRE Au couchant d’un soleil ivre, je t’ai vue marcher gaiement vers des contrées où je n’existe pas. M’apercevant furtivement, tu m’as souri et suis resté figé avec pour seul amour ce dernier sourire de toi que j’ai caché comme on cache un trésor dérobé dans l’abîme des regrets. Ainsi, à l’aube ténébreuse des souvenances, l’ai bien des fois visité pour lui confier sanglots et balbutiements de moi petit à petit rapaillé parmi maintes images flétries de nous deux. Maintenant arrivé au zénith de mes souvenirs, j’ai levé le voile sur la pureté de ce sourire de toi qui m’inspire tout comme autrefois transcendance tranquille des tribulations du jour. Mais lorsqu’à la nuit venue, son éclat avive en mon âme, nostalgie des soleils ivres de nous deux, j’oppose paupières closes du dedans tout en le priant de combler d’allégresse ton cœur qui bat, qui bat aux rythmes de ces contrées où je n’existe pas, où je n’existe pas… In ‘’VERBUM SILENTII’’, p.9 CERCLE DES POÈTES DE LA MONTÉRÉGIE |