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Muriel Renaud    

Le paradis… perdu ?

Sur la place publique, CLIC
Résonnent de petits coups de bois, CLAC
Dans la salle de classe, CHIC
Des demoiselles font leurs premiers entrechats, POUAH

CLIC, CLAC,
CLIC, CLAC,
J’en ai ma claque
Tutus de soie, pointes de bois
En veux-tu, en voilà!

MOI,
Je n’ai jamais dansé en rangée, AH ÇA NON!
Ce que j’aime, EH OUI,
C’est qu’un homme me tienne dans ses bras
COMME ÇA!

CLIC, CLAC,
CLIC, CLAC,
J’en ai ma claque
Tutus de soie, pointes de bois
En veux-tu, en voilà!

MOI,
Je suis couturière
Et depuis vingt ans, MISÈRE,
tout me passe entre les doigts
A l’atelier des Grands Ballets Canadiens

CLIC, CLAC,
CLIC, CLAC,
J’en ai ma claque
Tutus de soie, pointes de bois
En veux-tu, en voilà!
Croyez-moi :
Des taffetas, des perles, des aiguilles
J’en ai JUSQUE LÀ
Toute la journée
Je ne vois QUE ÇA!

CLIC, CLAC,
CLIC, CLAC,
J’en ai ma claque
Tutus de soie, pointes de bois
En veux-tu, en voilà!

Ça fait des mois, OH LA LA
Que j’me prépare
À ce grand soir, à la première.
C’est vrai qu’il ne faut jamais manquer ça!

CLIC, CLAC,
CLIC, CLAC,
J’en ai ma claque
Tutus de soie, pointes de bois
En veux-tu, en voilà!

Ce soir là, AH AH AH
Vous verrez mon triomphe
Quand je dirai adieu à mes aiguilles.
Ils pourront bien m’chercher partout
J’aurai filé comme une anguille

CLIC, CLAC,
CLIC, CLAC,
J’en ai ma claque
Tutus de soie, pointes de bois
En veux-tu, en voilà!

C’est à Rio de Janeiro
que je serai partie, OUI DA!
Avec mon amie Mado
nous irons enfin rejoindre nos Roméo
Vous nous verrez, quoi d’anormal,
au Carnaval mener grand bal.

CLIC, CLAC,
CLIC, CLAC,
J’en ai ma claque
Tutus de soie, pointes de bois
En veux-tu ?
JE M’EN VA !


Bleu de four, or vermeil

Seule une branche de chèvrefeuille
docile, incultivable, gonflée de miel
accepterait de se laisser tremper les pieds
dans l’eau claire battue par la roue
d’un moulin abandonné.

Cette plante secrète et sans éducation
arrachée en passant par une main d’enfant,
mériterait bien d’être de ce vase si bleu, l’apothéose.
Le ciel y serait à ses genoux et
la trouée d’étoiles blanches s’évasant à l’infini
sublimerait l’élan de sa sauvage candeur.

Mais qu’avons-nous fait aux fontaines,
aux blés, aux bleuets, aux ânes paresseux ?
(…)
Objets du quotidien nous survivant
ramènent à la genèse
aux cristaux fondus,
à la lave, aux glaciers,
aux sèves agglutinées.
Patines du temps
fidèles au feu, au vent.

J’avais dix ans, une colline, des moutons
et des toits de lauze à l’horizon.
Je dessinais la mer sur chaque maison
en traçant des écailles qui devenaient poissons.
Ma blouse était bleue,
mes mains d’encre fraîche tachées.
Le ciel palpitait
et j’avais hâte de grandir
pour savoir les noms des cousins et cousines
de la Grande Ourse et de Cassiopée.

Et quand tombait le soir
de ma fenêtre sage,
je baignais dans l’eau sourde
de mon regard porté à l’infini
et voyais les pétales jaunes
des genêts tels des voiles gonflées
s’envoler

Le ciel était bleu et pétillant
bleu de jour, bleu du soir
bleu de four, doré d’espoir.

© Lumière du Nord
publié dans la revue du Loisir Littéraire, 2003


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